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Avis de spécialités aux urgences : un vrai potentiel de gain financier

 

Par Arnaud Drivet

 

Le codage des avis donnés aux urgences par les différentes spécialités de l’établissement suscite fréquemment question. Il est souvent jugé que de nombreux avis donnés ne sont jamais codés. Par ailleurs, se retrouve dans tous les établissements une réelle disparité entre spécialités, codant plus ou moins bien leurs avis. Nous avons donc cherché comment réaliser une évaluation relativement objective de la qualité du codage de ces avis. Pour cela, nous avons comparé la fréquence de codage des avis de spécialistes aux urgences sur 17 établissements avec lesquels nous avons travaillé. Nous présentons ici une rapide analyse de cette comparaison et quelques tentatives d’explication des écarts observés.

Le tableau ci-dessous présente la répartition de ces 17 établissements en fonction de la fréquence de codage des avis de spécialités, toutes spécialités confondues, sur toutes les venues avec ATU, hors gynécologie (il comprend en revanche  tant les urgences adultes que les urgences pédiatriques). Nous avons travaillé essentiellement sur des établissements de taille relativement importante (médiane de l’échantillon : 46784 ATU), disposant d’une variété significative de spécialités.

 

 

Ces premiers chiffres mettent en évidence une réelle disparité de situations, le taux de passages avec avis s’échelonnant de 0,89 % à 5,42 % (moyenne : 2,83 %, médiane : 2,69 %, écart type : 1,55). Les enjeux financiers sont donc significatifs :

  • Pour l’établissement ayant le taux d’avis le plus faible, le manque à gagner théorique, par rapport à la moyenne, est de 27 350 € ((2,83%-0,89%) * 61221 * 23 €). Si l’on retient l’écart à la meilleure performance (5,42 %), le manque à gagner est alors de 63 786 €.
  • Le manque à gagner de tous les établissements, par rapport au meilleur d’entre eux, est en moyenne de 27 450 €.

 

Il est à souligner que ce potentiel est encore légèrement sous-estimé, puisqu’il est évalué sur la base du codage d’une CS, et sans prendre en compte d’éventuelles majorations pour les avis donnés la nuit ou le dimanche, par exemple.

 

Comment améliorer ce codage ? Le travail mené avec plusieurs établissements met en évidence un certain nombre de difficultés récurrentes :

  • Les différentes spécialités de l’établissement sont sollicitées à des degrés très divers ; il sera toujours nettement plus difficile de mobiliser sur le codage de ces avis celles qui ne sont que très rarement appelées aux urgences.
  • Le circuit de recensement de l’activité aux urgences n’est pas le plus adapté au recensement des avis de spécialistes. En effet, il suppose une saisie dans le logiciel d’activité des urgences, et implique donc de former les praticiens des différentes spécialités à son utilisation. Ceci n’est envisageable que pour les spécialités intervenant très fréquemment aux urgences.

 

L’analyse par spécialité met en évidence 3 phénomènes :

  • Pour toutes les spécialités, les écarts de codage sont très importants d’un établissement à l’autre.
  • 4 spécialités se détachent par leur poids dans les avis et par des avis codés sur un nombre significatif d'établissements:

 

 

 

  • A contrario, la fréquence des avis est équivalente pour l’essentiel des autres spécialités : les avis de dermatologie codés sont presque aussi fréquents que ceux d’orthopédie ou de neurologie (avis en moyenne pour 0,02 % des passages).  
  • Une spécialité, la gériatrie, se détache par le fait qu’elle ne donne lieu à codage d’avis que dans 2 établissements, mais avec un volume d’avis codés important.

 

En première analyse, les spécialités sur lesquelles faire porter de manière prioritaire l’effort d’amélioration du codage des avis seraient donc :

  • L’ophtalmologie,
  • L’ORL,
  • La psychiatrie,
  • La chirurgie digestive,
  • La gériatrie.

 

Cependant, les organisations de prise en charge variant considérablement d’un établissement à l’autre, tout travail dans ce domaine doit d’abord passer par un état des lieux des organisations internes. Enfin, n’hésitez pas à vous contacter si vous souhaitez connaître la situation de votre établissement sur ce point, ou pour échanger sur les bonnes pratiques adaptables à votre organisation.